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La tribu

“Le Théâtre équestre Zingaro est une tribu mi-hommes mi-chevaux. J’aime ce mot tribu. Il indique que ses membres obéissent à des lois non écrites, celles de gens très indépendants qui ont choisi de vivre une même aventure, de travailler ensemble dans la même manufacture à rêves, et d’offrir aux autres ce qu’ils y ont conçu. J’aime voir les gens de la compagnie évoluer au fil du temps ; j’aime les voir fleurir, comme on le dit des chevaux ; non seulement par le travail mais aussi dans le quotidien par l’intensité de leur présence et de leur rapport au temps.”


DIRECTEUR ARTISTIQUE
Bartabas
DIRECTEUR ARTISTIQUE
LE TALENT, C'EST L'ENVIE

“Je ne sais pas si les artistes et les chevaux de Zingaro sont les meilleurs, je sais qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Je n’attends rien d’autre d’un membre de l’équipe ou d’un cheval qu’il montre son désir d’être là, son envie de se surpasser, en fonction de ses moyens. Ma décep­tion ne peut venir que de gens talentueux qui ne possèdent plus l’envie de donner. Comme le disait Brel, ‘le talent, c’est l’envie’.” 

Bartabas, extrait du Manifeste pour la vie d’artiste, Éditions Autrement, 2012.   

Ci-dessous, extraites de l’Almanach Zingaro, les photos des équipes de tous les spectacles depuis Cabaret équestre.

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Sont présentés ci-dessous quelques-uns des plus emblématiques chevaux de la compagnie.

Zingaro

Zingaro

“De l’emportement et de la férocité feinte au temps des Cabarets (1984-1990), avec pour démiurge terrorisant et juvénile l’imposant frison prétendant dévorer son maître ; de l’aigle botté escortant partout le mastodonte noir, dénommé Zingaro ; de cette adolescence fougueusement rebelle donc, jusqu’à l’ascèse actuelle, d’épure et de théâtre d’ombres mais toujours cavalière, tout est là, en secret, inscrit à fleur de crins, de croupes et d’encolures.
L’oiseau de proie s’est changé en oie blanche, d’apparence certes moins ensauvagée, mais l’envol demeure.
Libre à chacun de faire valser les emblèmes. Et aux chevaux disparus de ne point se réincarner.”
Sophie Nauleau, extraits de L’autre Bartabas

Dolaci

Dolaci

“Amour de cheval, doux, sage, modéré. A l’écurie comme en tournée, jamais un mot, une plainte, un frisson. Le cheval fait crème. Pure gentillesse. Était-il l’idole de toute la troupe des Zingaro parce qu’il semblait être le cheval fétiche de Bartabas ? Absolument pas. Il était le cheval aimé de la tribu, son talisman, parce qu’il en va des chevaux comme des humains, certains sont irrésistibles. Ils sont là, et tout va bien, les tensions s’évaporent, la vie devient belle.
Dolaci était un ange.
Bartabas : “ Ce fut peut-être mon meilleur cheval…”
L’écuyer devient songeur, ses yeux s’absentent, se voilent d’une teinte sépia, ce teint d’herbes sèches et jaunies par la saison froide qu’avait la robe du suave Dolaci. Discipliné dans son corps, sérieux, il était un artiste qui tenait ses allures. Ensemble, sur un air léger de cymbalum, ils virevoltaient autour d’une garrocha (longue perche des cavaliers ibériques pour trier les taureaux), maintenue oblique ou verticale au centre de la piste par la paume à plat de Bartabas.
Et Dolaci, dans un galop infime, un galop nuage, un galop poudreux, la tête rythmant les mailloches de coton du piano tsigane, encapuchonné par l’effort, tournoyait tel un papillon de nuit autour de ce point matérialisé, cette lance qui n’avait nul besoin de transpercer deux coeurs pour n’en faire qu’un.”
Homéric – extrait de Zingaro – 25 ans

Quixote

Quixote

Quixote était ­un ­artiste, une ­perle ­rare.
À l’origine,­ ce ­bijou­ appartenait ­à­ un­ rejoneador venu­ toréer­ en­ Avignon. ­Il ­le ­trouvait­ médiocre ­face ­au taureau,­ bête­ noire­ de­ bien­ des chevaux,­ n’en ­voulait plus.­ Mais ­rondelette ­était la­ somme­ qu’il­ en espérait. Bartabas­ l’avait­ essayé,­ et­ le­ temps­ d’un­ clin­ d’œil,­ d’un changement­ de­ pied,­ il­ avait­ perçu­ une­ chose­ folle, inconnue. L’attraction­ le­ fit­ revenir­ la­ nuit­ où­ le­ torero remontait­ son ­cheptel­ dans le­ van.­ Zartagas­ (ainsi­ le hèle­ son­ fidèle­ baron)­ avait­ caché­ le­ sien­ à quelques rues­ de­ là.­ Quixote­ était­ attaché­ à­ un­ triste­ mur,­ en plein courant­ d’air ,­âme­ en­ peine­ délaissée,­ mal aimée. En ­maquignon ­avisé,­ notre ­écuyer ­l’obtint,­ ne sachant ­trop­ comment ­il justifierait­ l’achat­ dans­ les comptes­ de­ la­ jeune­ entreprise­ Zingaro.
Ils­ travaillèrent­ le­ piaffer, le­ galop sur place, l’animal était­ impeccable. Un­ jour,­ après­ avoir­ observé­ la­ position­ particulière­ de­ l’écuyer­ James Fillis­ sur­ un­ vieux cliché,­ l’idée­ du­ galop­ en­ arrière,­ summum­ dans­ la­ difficulté,­ lui­ chatouilla­ les­ méninges.­ Aujourd’hui­ encore, lorsque Bartabas­ se­ remémore­ l’instant­ où­ Quixote­ fit deux­ foulées­ arrière,­ son œil­ sursaute­ d’émotion.­ Cela lui­ semblait­ fou,­ si­ miraculeux­ qu’il­ l’arrêta­ aussitôt pour­ le­ caresser.”
Homéric – extrait de Zingaro – 25 ans

Félix

Félix

“C’est en Italie, non loin de Milan, que Bartabas était tombé par hasard sur Félix.
Il ne connaissait pas cette race chevaline, le Hackney, tout à la fois haute comme un poney mais présentant l’harmonie anatomique d’un vrai cheval et des allures atomiques.
Le metteur en scène avait envie de travailler sur les codes du corps.
Encore poulain, Félix était très agressif. Il attaquait, vaillant petit guerrier qui ne doutait de rien. Il était aussi joueur et un brin gourmand, deux atouts non négligeables pour entamer une belle complicité avec l’homme-cheval d’Aubervilliers.
Mis à part ses circonvolutions reptiliennes aux hanches de Bartabas, il posait un sabot sur la cuisse de son compagnon, comme un poète, après avoir trempé sa plume dans l’encre, d’une ponctuation inspirée, nous offrirait un grand bol d’air divin.
Plus carabiné, ce charmant farfadet dont l’attache de queue devint poivre et sel, croisait ses antérieurs, et ainsi tourné en petit cheval tire-bouchon, il vous toisait mieux qu’un géant.
Ce craquant et croquant croqueur natif de Lilliput
restera à jamais Félix le grand.”
Homéric – extrait de Zingaro – 25 ans

Vinaigre

Vinaigre

“J’avais tellement confiance en lui”, se remémore l’écuyer.
Accouplé à Vinaigre, et cependant libres de leurs mouvements, leur prestation lors d’Eclipse, tous deux enveloppés et prolongés par des ailes de soie noire, était belle à pleurer.
En prélude, leur silhouette ailée se projetait sur l’opale du cercle. Drapés de nuit, les bras du centaure s’ouvraient comme pour se porter en croix. Au sol, le contour érotique, lentement déployé, fleurissait telles des nymphes brunes et aliformes qu’une vive passion entrouvre puis écartèle.
Alors, la chrysalide devenait imago, dénudait l’avant-main blanche et poudreuse de l’étalon andalou.
Le toupet sensuel, l’œil baigné par l’éclat spumeux de sa robe, Vinaigre attendait un signe, un froissé de lin, un souffle, un battement de cils.
Au mitan de sa poitrine, entre les pointes des épaules, une boule de neige, cadeau exubérant de la nature, trônait de façon
semblable à une pomme d’Adam au cœur d’une gorge virile.
Homéric – extrait de  Zingaro – 25 ans

Horizonte

Horizonte

Horizonte

 

« Sur la scène du Châtelet, j’entends ma voix dire les vers de Victor Segalen. Immobile dans l’obscurité, je suis sur Horizonte. Nous nous sentons étrangers à ce lieu et ce sentiment nous unit.
L’immense rideau noir s’échappe à l’allemande, tout là-haut dans les cintres. Derrière le cyclo, le cinq-kilos bleuté nous aveugle. C’est le signal, Horizonte s’avance avec détermination ; imprégnés des mots du poète voyageur, nous entrons dans l’ombre chinoise.

[…]

Avec lui je ne suis plus seul dans ma peau, Horizonte danse pour moi, peu à peu il se livre et se délivre, et je ressens quelque chose de très haut. Il est rassemblé ; ses mouvements se libèrent désormais de la contrainte de son poids, il y a de la douceur dans son geste. Sa cadence, il l’installe lui-même, métronomique, vibrante, presque swinguée. Passage, piaffer, passage en arrière, le temps de suspension de chaque diagonal est un espace que j’accueille au creux de mes reins. Les rênes en guirlande, ses oreilles restent le point le plus haut, l’encolure légèrement ployée, le chanfrein bien en avant de la verticale, jamais il ne s’émeut.

[…]

Vertigineuse est ma descente de jambe et de main ; je me laisse faire, j’ouvre mon corps et mon coeur à sa confidence… Une énergie bien comprise jamais ne s’épuise.

[…]

Ce qu’Horizonte m’a offert, j’ai su le recueillir, en prendre soin, le faire s’affirmer, grandir patiemment. Lui aussi a écrit l’histoire, l’histoire de Zingaro, et son piaffer en a donné le sens.
On peut être assis toute sa vie sur le dos d’un cheval et n’aller nulle part, Horizonte m’a emporté aux confins de l’imaginable. Il m’a ouvert l’accès à l’espace magique de la scène, j’ai pu y déposer des propositions plus audacieuses, plus intimes. Sans les chevaux, jamais je n’aurais osé fouler ces lieux où l’on n’entend que la voix des hommes. »

Extrait de D’un cheval l’autre, Bartabas, Éditions Gallimard, 2020

Le Caravage

Le Caravage

Le Caravage

 

« Il affiche l’élégance nonchalante de l’Anglais, la rondeur et l’élévation de l’Ibérique, l’intensité de l’Arabe. Alliant harmonieusement les trois sangs, il se déplace avec une force peu commune, qu’il ne contrôle pas toujours. Longé, il explose parfois en ruades buissonnières qui aussitôt, de repentir, lui font rentrer la queue entre les jambes. Sa tête porte haut et son regard est d’or. Âgé de cinq ans, il sait la basse école. Ici commence notre histoire.
Avec Le Caravage, j’avance à coeur ouvert, riche de l’héritage des disparus, gonflé de l’amour qu’ils m’ont laissé. Sur le long chemin qui nous attend, je le suivrai pas à pas, je l’aiderai à aller droit devant. Je lui apprendrai à agir en maître de lui-même, et surtout je ferai de la légèreté un préalable à toute exigence.
Le Caravage sera mon Stradivarius. »

Extrait de D’un cheval l’autre, Bartabas, Éditions Gallimard, 2020

Tsar

Tsar

Tsar

Cœur vaillant

« Il en est des chevaux comme des coups de foudre, ils vous tombent dessus sans crier gare. […] Immense, un monstre de cheval, un mètre quatre-vingt-quinze au garrot ! Couleur d’abîme, il défie la perspective. De loin, on dirait un pur-sang à l’ancienne, ceux des gravures anglaises ; de près, c’est une girafe noire et dégingandée. Il doit baisser la tête pour passer la porte de son box. De plus près encore, ses pieds sont larges comme des poêles à frire. Debout contre son épaule, je retrouve mes gestes d’enfant, même sur la pointe des pieds je ne peux voir l’horizon derrière son garrot. Il a de la force et impressionne par l’amplitude de ses réactions, ses écarts de gaieté sont toujours précédés d’un petit couinement en guise d’avertissement. Mais c’est un gentil, et la candeur de son regard fait exploser mon cœur endurci.
[…] Lui aussi est un infirme. Poulain, son épaule fut brisée lors d’un accident au pré. Avec le temps, les tendons et les muscles se sont reformés et la maintiennent en place, mais les cartilages sont exsangues. Sa robe d’ébène absorbe un peu le creux de l’épaule atrophiée. Au repos, pour se soulager, il avance sans cesse son antérieur droit, reportant tout son poids sur le gauche, dont le sabot s’est élargi et aplati. Cette infirmité nous lie d’une amitié fraternelle. Je me sens solidaire. Pour lui, je vais me rassembler, et avec délicatesse, travailler à corps perdu. »
Extrait de D’un cheval l’autre, Bartabas, Éditions Gallimard, 2020
Photo © Marion Tubiana

Sans oublier les 150 autres chevaux qui ont participé aux spectacles de Zingaro depuis 40 ans.

Akim
Amos
Angelo
Antonete
Apollon
Arès
Arruza
Ascleptos
Athys
Babilée
Balanchine
Barock
Barychnikov
Belmonte
Bombita
Boris
Brosok
Cagancho
Calacas
Chamaco
Champagne
Chaparro
Chicuelo
Chronos
Conchita Cintrón
Conquête
Coppi
Credne
Dagda
Darri
Déméter
Diktor
Dionysos
Djinn
Dolaci
Dombay
Dominguin
Domino
Donor
Edwin
El Chulo
El Cordobés
El Gallo
El Soro
El Viti
Éros
Espartaco
Est
Famine
Farinelli
Farouck
Félix
Felouz
Flash Okie Reina
Frascuelo
Gamo
Ganesh
Gitan
Goya
Grain d’Or
Guerre
Guignolet
Hadès
Héphaïstos
Héra
Hermès
Heza Great Royal Kid
Hidalgo
Horizonte
Istanbul
Jazz
Joselito
Jupiter
Kid Label
L’Araignée
La mule et l’âne
Latoso
Lautrec
Le Caravage
Le Greco
Le Grincheux
Le Tintoret
Lifar
Lobero
Loulou 90
Lucienne
Lucifer
Lug
Luz
Mac Oc
Manolete
Manor
Manzanares
Maravilha
Mars
Mazeppa
Meia Lua
Mercure
Micha Figa
Misère
Monoi
Mowgli
Narthex
Nijinsky
Nimeño
Nord
Noureev
Nuada
Ocliv
Ogme
Orlov
Ouest
Pacha
Pan
Pantruche
Paquirri
Phare Ouest
Picasso
Pluton
Pollock
Popov
Posada
Poséidon
Priape
Quixote
Ramonero
Raspoutine
Raymonde
Redondo
Ryton Regent
Saturne
Sol d’Oa
Soulages
Soutine
Sud
Sultan
Swann
Tarzan
Terminator
Timour
Tsar
Tsigane
Van Gogh
Vénus
Verano
Vinaigre
Xantos
Xérès
Xisto
Zanzibar
Zeus
Zingaro
Zorba
Zurbarán

Pour éteindre l’insomnie, je les épelle un à un. Longue caravane, sans tambour ni musique, ils défilent lentement dans ma nuit et m’emmènent vers le sommeil, enfin.

Extrait D’un cheval l’autre, Bartabas, Éditions Gallimard, 2020